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2015-2026 : tout a changé, rien n’a changé

il y a 5 heures
3 min de lecture

Cela faisait onze ans que je n’avais pas foulé le sol vietnamien. Onze ans ! Comme le temps passe. Je m’attendais à ne pas reconnaître ce Vietnam qui, m’avait-on dit, change tellement vite.

Ce voyage fut en effet très différent des autres, tout en étant familier : avec Les Lampions, bien sûr, et en famille toujours, mais cette fois avec mes deux garçons, Sully et Camille. Je voulais leur partager ces séjours si particuliers qui nous remplissent le cœur et l’esprit et nous raccrochent à notre histoire, à nos racines. « Je suis né au Vietnam ! » dit souvent Sully, à tort. Il reste encore quelques détails à régler, mais le lien est là.


Lors de notre passage à l’orphelinat de Thien An, quel bonheur de retrouver les enfants et de reconnaître certains visages. Je suis impressionnée par le nouvel environnement dont ils bénéficient : de vastes espaces de vie, des infrastructures sportives confortables, des équipements modernes comme ce purificateur d’eau potable. Et puis, bien sûr, la rencontre a lieu : d’abord des regards en coin, on s’apprivoise, on se tourne autour. Très vite viennent les premiers rires et les taquineries, quand tout le monde se mélange et vit pleinement ce moment particulier.

Chacun reprend son poste naturellement, comme il y a onze ans : Jules au tournoi de foot, Françoise et Paul à la chorégraphie, Tiffany et sa famille, nouvelles recrues, à la chanson, et papa, chef d’orchestre de ce petit groupe d’une quarantaine d’enfants de 2 à 16 ans. Oanh, bien sûr, fidèle à elle-même et soutien régulier de Thien An, est à tous les postes en même temps, en plus de la préparation du festin collectif ! Sully dévoile, intimidé, les dessins qu’il a préparés avec ses copains lyonnais Esteban et Zayn. Camille, d’abord réservé, finit par se laisser câliner par les enfants. Un peu rouillée, je propose un atelier de chorégraphie sur un titre populaire. Ouf, les jeunes adolescentes qui ont choisi cette activité approuvent et semblent s’amuser ! En retour, elles nous montrent les nombreuses chorégraphies qu’elles maîtrisent parfaitement. Nous improvisons un moment final de convivialité avec salut des équipes de foot, chorégraphies et chansons devant un public en fête. Par un heureux hasard, deux cartons de glaces et de bonbons, offerts par un bienfaiteur fidèle, arrivent à ce moment-là ! Nous profitons tous de ces instants de joie pure.

Ce n’est que lorsque la voiture reprend l’unique sentier étroit qui nous ramène en ville, à Can Tho, que la magie retombe dans le silence de l’habitacle. Chacun se retrouve face aux souvenirs de cette journée déjà écoulée et à ses questionnements. Car cette joie intense ne nous fait pas oublier l’essentiel : ce sont aussi les manques qui habitent ce lieu et ces enfants. Manque de parents, de famille, de soutien, de sécurité matérielle et affective. Orphelins ou en situation familiale difficile, ils portent tous la trace d’un passé injuste. Tout le projet de cette institution est de les soutenir malgré ces manques et de les aider à se construire dans la vie. Certains passent une décennie ou plus ici, dans cette deuxième famille, avant de s’envoler vers leur propre destin. Rappelons-nous l’histoire de Thu, que nous vous racontions déjà en 2015, ou encore le retour de Hoang Em, ce jeune garçon qui nous avait tant marqués.


Je me suis rendue à Thien An en 2011, 2012, 2015 et, maintenant, en 2026. Avec le temps, c’est devenu un endroit qui compte, un peu comme une famille élargie. En fouillant dans nos anciens articles, je suis tombée sur ce qu’écrivait My-Linh en 2011 et je ne peux que partager son sentiment d’alors : Thien An représente toujours cette maison, cette famille, ce « Về quê » - retour aux sources. Onze ans plus tard, elle est toujours là et elle accomplit toujours ce travail immense et si important.

Alors oui, tout a changé : les infrastructures, les transports, la disponibilité des biens de consommation du monde entier. Les vélos ont quasiment disparu des centres-villes, laissant la place aux voitures VinFast et aux scooters électriques. Nous communiquons grâce aux traducteurs instantanés de nos téléphones et nous nous déplaçons en Grab, sorte d’Uber vietnamien. Mon regard, lui aussi, a changé.

Mais certaines choses restent : le réconfort de la première gorgée de cà phê sữa đá, l’émotion d’un passage à Thien An qui vous envahit le cœur et vous ramène à la maison.

Chers amis et famille vietnamiens, xin lỗi : je serai toujours limitée par ma langue incomplète et imparfaite, mais j’aurai toujours la volonté de continuer à bâtir ces ponts et ces liens avec vous.



À la prochaine, amis vietnamiens.


Mai-Thi


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