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« Về quê »

Mon père étant né à Saigon signifie au Vietnam que ma terre natale se trouve à Saigon, peu importe que je sois née ailleurs, de l’autre côté d’un fleuve, ou d’un océan. Mes racines sont ici, au milieu des centaines de milliers de motos qui fument et grondent du matin au soir, dans le vacarme des odeurs et des couleurs d’une ville en perpétuel mouvement. Pourtant lorsqu’on me pose la question, je réponds toujours que ma terre natale se trouve à Can Tho, et à Thien An. Là-bas se trouve mon « quê », ma maison, ma famille, un lieu d’attachement fort, un lieu authentique vers lequel on revient toujours au Vietnam. Je l’ai quitté un matin pour emprunter de nouveaux chemins, pour découvrir la grande ville, et apprendre. Les rencontres y sont multiples, surprenantes, saisissantes. Le temps qui s’accélère alors est à la fois dense et profond. Mais densité n’est pas toujours synonyme de vitesse. C’est parfois dans les gestes les plus infimes et tempérés que l’on y trouve le plus de sens.


Celui du moine drapé d’orange poussant la lourde porte de bois de la pagode et qui laisse s’échapper les chants d’oiseaux perchés au frais, la lenteur avec laquelle il disposera les fruits dans l’assiette dorée qu’il posera sur l’autel des ancêtres, là est densité. J’ai quitté mon village et je l’ai oublié, un peu, jusqu’à ce que j’y revienne. « Về quê » c’est emprunter à nouveau le chemin étroit et sinueux qui mène à Thien An. Croiser en route les enfants de l’institut qui rentrent à pied de l’école, les voir s’étonner un instant avant de crier ton nom puis les perdre de vue dans les feuillages des bananiers. Les retrouver plus tard, suants et souriants, les cheveux collés au front, te dire entre deux bouchées de riz, des grains plein les dents, que ça fait déjà longtemps. C’est la saison des mangues, les arbres du verger, lourds de fruits, ont poussé. Les enfants aussi. Certains paraissent plus hardis, plus expansifs, plus en paix. Pas tous. Il faudra encore beaucoup de temps et surtout beaucoup d’amour pour les accompagner le long d’un chemin étroit et sinueux, qu’ils continuent à le parcourir d’un pas sautillant comme lorsqu’ils rentrent de l’école.


25/05/11 HCM ville


My-Linh Doan

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